Une histoire de courage, de foi et de pardon
de Tonya Stoneman
Louis Zamperini, âgé de 95 ans, est un bon vivant au sourire contagieux et au comportement affable qui vous met tout de suite à l’aise. Mais il n’a pas toujours été de nature si joviale. Pendant un certain temps, il était complètement obsédé par l’idée de tuer un homme.
Quand les avions de guerre japonais ont bombardé Pearl Harbour, Zamperini alors âgé de 24 ans, était déjà une légende du sport. Reconnu comme un coureur rapide et agile, il était le plus jeune Américain à participer aux Jeux olympiques de Berlin de 1936. Un manque d’expérience lui ayant valu la 8e place dans la course de 5000 mètres, il s’est donc mis en tête de participer aux Olympiques de Tokyo de 1940. Mais il n’a jamais eu la chance d’y prendre part puisque les Jeux ont été suspendus à cause du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
Les combats faisaient rage en Europe, et le Président Roosevelt a assuré les Américains que leurs fils n’iraient jamais servir dans l’armée et mourir dans une guerre à l’étranger. Mais quelques mois plus tard, quand le Japon a déclaré la guerre aux États-Unis, le gouvernement a imposé la conscription, et Zamperini s’est enrôlé dans l’armée de l’air. Il a été nommé sous-lieutenant de l’équipage d’un Bombardier-B-24.
Le 26 mai 1943, les membres de son équipage ont quitté Hawaï pour une mission de sauvetage d’où ils ne sont jamais revenus. Leur avion s’est écrasé dans l’océan Pacifique. Ayant survécu à l’accident, Zamperini et deux de ses collègues se sont hissés à bord de radeaux de caoutchouc. Ils n’avaient que quelques tablettes de chocolat et six bouteilles d’eau pour les soutenir. La première nuit, un des hommes a paniqué et a mangé tout le chocolat. Les 46 jours suivants ont été extrêmement pénibles.
Zamperini n’avait jamais prié auparavant, mais à ce moment, il s’est mis à supplier Dieu pour qu’il lui donne de l’eau. Il a promis de le servir pour toujours seulement si on venait à leur secours. Et c’est ce qui est arrivé; il a commencé à pleuvoir. Cependant, la mer allait leur faire plus de misères que ce qu’ils croyaient possible d’endurer. Ils ont été harcelés par des requins, des tirs japonais et la faim. Un des hommes est mort et, après l’avoir jeté à la mer, Zamperini a fait d’autres promesses à Dieu. Finalement, après 47 jours, les hommes épuisés ont dérivé jusqu’aux îles Marshall. Trop faibles pour marcher, ils ont rampé jusqu’au rivage et se sont rendus à l’ennemi.
Pendant quatre jours, des soldats japonais ont dû porter les deux hommes sur leurs épaules. On les a finalement mis à bord d’un bateau à destination d’une île appelée Kwajalein, aussi connue comme « l’île de l’exécution ». C’était une prison dépourvue des commodités qu’on trouve couramment dans les prisons civilisées : les cellules étaient infestées de poux et de rats, et les prisonniers mouraient habituellement de faim ou de maladie. Un grand nombre de ceux qui ne mouraient pas de mort naturelle étaient délivrés de leur misère quand on les exécutait. Au plafond de sa cellule, Louis a trouvé gravés les noms de neuf marines et a appris qu’ils avaient tous été décapités au moyen d’un sabre de samouraï. Il a ajouté son nom à la liste au cas où il ne survivrait pas pour raconter l’histoire.
Quand il n’était pas battu ou envoyé aux travaux forcés, Zamperini servait de cobaye aux Japonais pour leurs expériences médicales. Après 43 jours, on l’a transféré à un camp de prisonniers de guerre sous les ordres du sergent Matsuhiro Watanabe, dont le nom figurait sur la liste des criminels de guerre les plus recherchés du Japon dressée par le général Douglas MacArthur. Surnommé « L’Oiseau », Watanabe torturait ses prisonniers en les battant et en les forçant à accomplir des actes dégradants, comme faire des extensions de bras dans des excréments humains et lécher ses bottes.
À mi-chemin de sa peine, Zamperini a appris qu’il avait été épargné pour une raison précise : la propagande. « Un certain soldat dans une autre division suivait les Olympiques, raconte-t-il. Les Japonais en connaissaient plus que nous sur les athlètes américains, et faire un film de propagande servirait l’objectif du Japon. Pendant treize mois, ils m’ont donc gardé discrètement dans une prison qu’on réservait pour les prisonniers importants. » En échange d’un bol de riz, il a participé à une émission, mais quand ses gardiens en ont demandé une deuxième, celle-là truffée de mensonges, il a refusé. Comme punition, on l’a transféré à un camp de travail situé à plus de 480 kilomètres au nord, dans les montagnes de Naoetsu. Si terrible que cet endroit ait pu être, il offrait à Zamperini la possibilité d’être délivré de L’Oiseau.
À Naoetsu, les belles montagnes au sommet recouvert de neige ressemblaient très peu à la prison qui reposait à leur pied. Zamperini est entré dans le camp avec un groupe d’autres captifs. Après être restés au garde-à-vous dans le froid mordant pendant 15 minutes, les prisonniers ont fait la connaissance de leur commandant : L’Oiseau. Offensés par le refus de Zamperini de participer à la propagande japonaise, les soldats japonais avaient aussi transféré le sergent Watanabe pour que la torture suive le prisonnier.
Les conditions de vie étaient pires que jamais. Au plus bas, Zamperini a été forcé de tenir un billot au-dessus de sa tête pendant qu’il était au garde-à-vous. Le supplice a duré 37 minutes avant que L’Oiseau lui assène un coup dans le ventre et qu’il s’effondre sur le sol. Six mois d’agressions continues ont suivi jusqu’au jour où un avion américain est apparu à l’horizon, faisant clignoter ses lumières rouges pour annoncer en morse que la guerre était finie.
Incapables de prendre contact avec les prisonniers au sol, les pilotes américains ont lancé de leur avion de la nourriture et d’autres provisions et ont offert un spectacle aérien aux hommes pour leur remonter le moral. Au bout d’un mois, Zamperini est sorti du camp en homme libre. Son retour à la maison était tout ce dont il avait rêvé : il a renoué avec des êtres chers, a épousé une jolie fille et a repris son entraînement. Mais la guerre lui avait enlevé toute sa rapidité. En sécurité aux États-Unis, Zamperini a entrepris une course différente : dorénavant, il fuyait ses cauchemars.
« Je me sentais comme une machine à vapeur sans bouche de sortie, raconte-t-il. J’accumulais la colère et j’avais l’impression que j’allais exploser. Je haïssais vraiment L’Oiseau et je me suis dit : Je dois retourner là-bas pour le tuer. Je souffrais sérieusement de stress post-traumatique. Être battu presque quotidiennement et resté là, poings fermés et dents serrées, à être incapable d’y opposer toute réaction m’a amené à craquer sous la pression accumulée. »
Toutes les nuits, il faisait des cauchemars. « Je savais que j’allais être battu encore et encore, avoue-t-il. Dans mes rêves, je me vengeais. Je l’étranglais. Je voulais mettre mes mains sur lui et l’abattre. Une nuit, où je me suis réveillé en sueurs froides, j’avais les mains autour du cou de ma femme. J’ai eu peur. Peu de temps après, elle a décidé de demander le divorce. Chaque soir, je me soûlais pour essayer de me débarrasser de mes cauchemars. J’aimais ma femme, et sa demande de divorce m’a profondément secoué. »
Pendant qu’il était à la dérive sur la mer, Zamperini avait fait une promesse à Dieu, et le Seigneur l’avait sauvé. Même s’il était de retour à la maison, la douleur le faisait dériver. Une fois de plus, Dieu est intervenu fidèlement. La femme de Zamperini avait reçu Christ lors d’une croisade de Billy Graham. « Elle m’a dit qu’en raison de sa conversion à Christ, elle n’allait plus demander le divorce », raconte-t-il.
« C’est ce qui a brisé la glace. Le lendemain, je me suis donc rendu à la croisade. Bien sûr, Graham a cité l’Écriture : “Car tous ont péché” et tout le reste. Et je me suis dit que je n’avais pas besoin de lui pour me dire que je suis un pécheur. Je savais que j’en étais un. J’étais sur le point de partir quand il a dit : “Quand des gens sont au bout du rouleau et qu’ils n’ont nulle part où aller, ils se tournent vers Dieu, peu importe qui ils sont.” Je me suis dit : Ouais, j’ai fait des milliers de promesses sur le radeau et dans le camp de prisonniers. Dieu a gardé ses promesses, mais moi je n’ai pas tenu les miennes. Je suis donc retourné à la salle de prière et j’ai fait une confession de foi en Christ. J’étais toujours à genoux quand j’ai su que toute ma vie avait changé. Je savais que j’en avais fini avec la boisson, que j’avais pardonné à tous mes agresseurs, y compris L’Oiseau. Je n’arrivais pas à croire ce qui venait d’arriver. »
Conformément à 2 Corinthiens 5.17 qui affirme que si « quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles », Zamperini était un homme transformé. Ce soir-là, il s’est couché et a dormi profondément. Peu de temps après, il a trouvé un nouveau but : annoncer l’Évangile aux Japonais.
Environ quatre ans plus tard, Zamperini est retourné au Japon. Il a décidé d’amorcer sa mission à la prison de Sugamo, où ses bourreaux étaient alors emprisonnés. « La chose la plus importante dans ma vie chrétienne, raconte-t-il, était de savoir que je leur avais pardonné non seulement dans mon cœur, mais aussi en personne. Cela fait partie de la conversion. » Regardant la foule de prisonniers, il a reconnu chacun de ses assaillants. Sans réfléchir, il a couru vers eux et les a serrés dans ses bras. Mais ils se sont retirés de lui parce qu’ils ne pouvaient pas comprendre le pardon.
Zamperini a expliqué l’Évangile aux hommes déconcertés. Ce jour-là, tous sauf un ont confessé Jésus comme Sauveur, mais Zamperini n’avait pas terminé. L’homme qui l’avait le plus torturé ne se trouvait pas là; il n’avait pas été condamné pour ses crimes. Mais le don de la rédemption est offert à tous, même à L’Oiseau. Même si le sergent Watanebe avait refusé de le rencontrer, Zamperini lui a envoyé une lettre pour lui annoncer qu’il avait donné sa vie à Christ. « L’amour a remplacé la haine que j’avais pour vous », lui a-t-il écrit. Plus tard, il a appris que L’Oiseau avait lu sa lettre.
À 81 ans, Zamperini a été invité à porter la flamme aux Jeux olympiques d’hiver de Nagano, au Japon. Il a couru dans les rues de Naoetsu, où il avait un jour marché en tant que prisonnier. Cette fois, il s’y trouvait en tant qu’homme libre, portant dans sa main droite la flamme des anciens Grecs, ainsi que le feu sacré de Christ dans son cœur.